RECONSTRUIRE LES TROIS PREMIERS MILLIARDS D'ANNEES D'EVOLUTION DE LA VIE

avec Emmanuelle Javaux (09/09/2022)


Emmanuelle Javaux est biologiste (ULiège, Belgique) et docteure en géologie (U. Dalhousie, Canada). Elle a réalisé un postdoctorat (Harvard, USA) pour mener des recherches sur l’évolution des premiers eucaryotes puis un second (département d’Astrophysique, ULiège) pour développer l’astrobiologie en Belgique. Elle est Professeure Ordinaire et directrice de l’équipe Early Life Traces & Evolution-Astrobiology et de l'Unité de Recherche Astrobiology à l’ULiège. Depuis 2014, elle est membre de l’Académie Royale de Belgique. Ses recherches portent sur l’évolution de la biosphère pendant le précambrien, depuis les premières traces de vie jusqu’à la diversification de la vie complexe (eucaryote), et sur la caractérisation et la fossilisation de biosignatures utiles à la paléobiologie et à la recherche de vie extraterrestre dans le système solaire et au-delà. En combinant des approches multidisciplinaires et multi-échelle, elle et son équipe explorent le registre microbien fossile dans des roches datant de 3.5 à 0.5 milliards d’années, dans diverses régions du monde comme l’Australie, l’Afrique, le Canada, la Chine, …mais étudient aussi des microorganismes modernes comme des cyanobactéries et des protistes. Elle a contribué à la découverte des plus anciens microfossiles avérés et des premiers eucaryotes. En 2012, elle obtient une ERC Starting Grant pour le projet ELITE portant sur les premières traces et l’évolution de la vie, et les implications pour l’astrobiologie. Elle est aussi impliquée dans la mission exobiologique Exomars de l’ESA, coordonne le projet international BELSPO PORTAL qui vise à explorer l’habitabilité et la possibilité de photosynthèse sur des exoplanètes, et est membre du comité de gestion de l’European Astrobiology Institute.

Pour reconstruire l’évolution de la vie sur la Terre depuis son origine, différentes approches peuvent être suivies, plongeant dans le temps depuis la biodiversité actuelle jusqu’à LUCA, le dernier ancêtre commun des trois domaines de la vie, ou inversement, en partant de la chimie prébiotique menant à l’origine de la vie puis à LUCA et la diversification de la vie telle qu’on la connait. La Terre est habitable depuis 4.3 milliards d’années (Ga) mais la présence d’une biosphère microbienne est solidement démontrée seulement depuis 3.4 Ga, bien que certaines traces controversées remonteraient à plus de 4 Ga. Les traces de vie préservées dans le registre géologique peuvent être morphologiques ou chimiques, mais des processus abiotiques peuvent les imiter ou les altérer, et la contamination est possible, menant à de vives controverses au sujet des traces de vie les plus anciennes. Enfin, même lorsque l’origine biologique est avérée, il est parfois difficile d’identifier la forme de vie fossile découverte. De nouvelles avancées dans les méthodes d’analyses ainsi que des approches expérimentales permettent d’améliorer la caractérisation de ces biosignatures et de contraindre les processus abiotiques, en tenant compte du contexte géologique. Etudier les premières traces de vie et son évolution pendant les premiers milliards d’années est un défi, mais est essentiel dans la recherche de l’origine et de l’évolution de la vie, sur la terre et ailleurs dans l’univers, comme les agences spatiales le réalisent. Ces recherches sont au cœur de l’astrobiologie qui vise à comprendre l’origine, l’évolution, la distribution, et le futur de la vie dans l’univers.


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