POURQUOI LA MUSIQUE N'EST ELLE PAS CONSTRUCTIBLE ?

(27/08/2022)


François Nicolas est compositeur. Ses œuvres musicales sont éditées chez Jobert. Un CD de sa musique (jouée par F. Millet, J.-M. Conquer et A. Damiens) est publié aux éditions Triton. De formation scientifique et philosophique en même temps que musicale, il associe la composition à une intellectualité à la fois musicale et mathématique – voir, depuis vingt ans, le séminaire Ircam-Ens mamuphi (mathématiques-musique-philosophie) et, cette année, ses leçons de mathématiques modernes avant Cantor (Gauss, Galois, Cauchy, Hamilton, Riemann et Dedekind) au CDN d’Aubervilliers – mais également militante (en direction des bidonvilles et des grandes usines du monde contemporain). Son dernier ouvrage Le monde-Musique (4 volumes, postface d’A. Badiou) a été publié chez Aedam musicæ. Il achève à l’Ircam la composition d’une vaste œuvre Petrograd 1918 (80 minutes) associant musique instrumentale, musique mécanique (diskclavier), dispositif électroacoustique de projection sonore (l’icosaèdre IKO) et récitant (voir le poème Douze d’Alexandre Blok).

Conférence : Pourquoi la musique n’est-elle pas constructible ?
29 juin 2022, 10h45 - 11h30 — Amphi 24

Toute musique, même improvisée, est inscriptible dans l’écriture musicale inventée il y a mille ans (le solfège, au principe de la norme internationale MIDI). Elle n’en est pas pour autant constructible au sens logico-mathématique que Gödel a donné aux « ensembles constructibles » car toutes les parties qui comptent musicalement ne le sont pas : certaines sont bien écrites (par exemple les accords ou les mélodies), d’autres ne sont que notées (telles les phrases découpées par de simples courbes de liaison) mais la plupart ne sont ni l’une ni l’autre (telle la fusion caractéristique des Timbres), n’étant le plus souvent même pas définissables (voir le nuage indécomptable des « nuances » qui fait le charme non mécanique de la musique). Si l’on appelle exécution la part constructible (et finie) de la musique et interprétation sa part excédentaire (et infinie), force est de constater que si la partition assure bien la possibilité d’une telle exécution (à commencer par celle des ordinateurs), par contre l’écoute d’une interprétation donnée ne s’y accorde pas. On examinera alors la dialectique musicale entre la partition et l’écoute à la lumière de la dialectique logico-mathématique (théorie des ensembles) entre l’univers constructible L de Gödel et l’univers plus général V de von Neumann.


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