EN QUOI LE HASARD EST-IL IRRÉDUCTIBLE ?

(08/09/2021)


Par Yasmine Grasser, psychanalyste.

Au Cnam à Paris, le 3 juillet 2021 à l'occasion de TimeWorld 2021 https://timeworldevent.com/2021/fr/

Il y a dans le hasard l’idée de quelque chose d’inéliminable, de redouté, d’insistant qui, ne pouvant se signifier, met en évidence l’incomplétude d’un savoir établi jusque-là - un trou - qui sollicite de subvertir le discours traditionnel pour produire du nouveau. L’artiste William Turner, peintre de paysage, en donne un aperçu. « Je peins ce que je vois, pas ce que je sais, disait-il ». Ce « voir », singulier, s’il provoquait les railleries de ses collègues, le déterminait à se dégager du classicisme afin de peindre ce qui s’imposait à lui comme lumière-jamais-vue jusque-là. Ce savoir nouveau, violent, irréductible, l’a isolé, mais le hasard n’a pas permis que ce « voir » soit un accident dans l’histoire de l’art. John Ruskin, critique d’art et poète, a su voir l’intelligible dans ce que voyait l’artiste, il en a donné un écho se répercutant avec Marcel Proust jusqu’aux années 60, date où les toiles de Turner sortent de la Tate Galery pour être exposées, et jusqu’à aujourd’hui avec le livre de l’historien d’art Pierre Watt qui nous éclaire sur le mythe Turnerien. Entre temps, à partir de sa pratique, le psychanalyste Jacques Lacan, nous a instruit sur la fonction de la tache : « pure présence », « regard » appelant son « regardeur ». Avec la couleur, la tache ayant fait irruption dans la peinture de Turner, son « éblouissement » fait trou dans ses paysages, d’où, par contingence, le « voir » de l’artiste fait symptôme dans le champ social.


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